Le cahier est bleu, corne, tenu par un elastique. Il est pose sous le comptoir de la boutique, entre les sachets de sucre et la caisse.
Mariam y ecrit depuis vingt-deux ans. Une ligne par evenement : un nom, une date, une mention. Arrivee. Depart. Naissance. Deces. L'ecriture est petite, reguliere, sans rature.
Quand le recensement est passe il y a deux ans, les agents ont travaille trois jours dans le quartier. Le quatrieme, ils sont venus voir Mariam. Elle leur a lu son cahier. Ils sont repartis avec des chiffres differents des leurs, et ce sont ceux-la qu'ils ont retenus.
Elle ne s'en vante pas. Elle dit que ce n'est pas un travail, que c'est une habitude prise quand elle s'est installee et qu'elle ne connaissait personne.
Il y a une chose qu'elle refuse, pourtant. Quand on lui demande de dire qui habite ou, elle ferme le cahier. Elle dit que noter n'est pas denoncer, et que la difference tient a qui lit.
A soixante et un ans, elle a commence un deuxieme cahier. Le premier est plein.