Il existe dans ce pays une ceremonie que nous maitrisons mieux que quiconque : la pose de la premiere pierre. Le podium, les chaises en plastique blanc, la truelle neuve, la photographie. Nous sommes bons. Nous sommes meme excellents.
La deuxieme pierre, en revanche, est un art que nous pratiquons peu.
Onze chantiers ont ete inaugures dans le district depuis trois ans. Deux sont acheves. Trois ont ete abandonnes au niveau des fondations. Six continuent, a un rythme qui laisse penser qu'ils seront livres par la generation suivante.
Ce n'est pas une question d'argent : les montants ont ete engages, les entreprises ont ete payees pour une partie au moins des travaux. Ce n'est pas davantage une question de competence technique : le pays sait construire, il l'a prouve.
C'est une question d'attention. Une premiere pierre se voit. Un chantier qui avance ne se voit pas. Un chantier termine ne se voit plus du tout, puisqu'il devient une route sur laquelle on roule sans y penser.
Tant que l'on recompensera ce qui se voit, nous aurons des ceremonies magnifiques et des routes inachevees. Nous proposons une reforme modeste : une seule ceremonie par ouvrage, a la fin.