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Reportage — Urbanisme

Les lampadaires de Yopougon ont trouvé un remède à l'obscurité : ils ont appris à faire semblant

Quarante-trois lampadaires neufs ont été inaugurés en grande pompe sur le boulevard. Depuis, ils s'allument chaque soir à dix-neuf heures précises et s'éteignent à dix-neuf heures quatre. Les riverains, eux, ont appris à sortir leur téléphone.

Par Verges —

Yop

Le ruban était rouge, la sono était forte, et le discours a duré quarante minutes. Quarante-trois lampadaires flambant neufs, alignés comme des gendarmes, promettaient au boulevard une nuit enfin éclairée. On a applaudi. On a photographié. On est rentré. Le premier soir, ils se sont allumés à dix-neuf heures. Le quartier a retenu son souffle. À dix-neuf heures quatre, ils se sont éteints, tous ensemble, avec la discipline d'un orchestre bien répété. Le deuxième soir, même chose. Le troisième aussi. Les habitants parlent désormais des « quatre minutes de gloire », et certains ont pris l'habitude de sortir sur le pas de leur porte pour y assister, comme on regarde un feu d'artifice modeste mais ponctuel. À la mairie, on explique que les lampadaires fonctionnent parfaitement. C'est exact : ils s'allument. Nulle part dans le marché il n'était écrit combien de temps. Le vendeur de beignets du carrefour, lui, a tranché la question depuis longtemps. Il a acheté une lampe torche chinoise à deux mille francs. Elle éclaire depuis six mois. Elle n'a jamais été inaugurée.