La cloture en tole fait deux metres de haut. Derriere, il n'y a rien : un rectangle de terre battue, quelques herbes, et un panneau delave annoncant un marche moderne de deux cents places.
Le panneau porte une date de livraison. Elle est passee depuis onze mois.
Devant la cloture, sur le trottoir, quatre-vingts femmes vendent ce qu'elles vendaient avant. Elles ont ete relogees ici le temps des travaux, avec une promesse de six mois. Elles y sont depuis dix-huit.
Il n'y a pas d'eau sur le trottoir. Il n'y a pas d'ombre non plus, sauf celle des parasols qu'elles ont achetes elles-memes. Quand il pleut, la marchandise part avec l'eau qui descend la rue.
L'entreprise attributaire a suspendu les travaux. Selon elle, une partie du financement n'a pas ete debloquee. Selon la collectivite, l'entreprise n'a pas fourni les justificatifs attendus. Les deux versions sont documentees. Elles sont incompatibles.
Pendant ce temps, la presidente des vendeuses tient une liste des femmes qui ont renonce et sont parties vendre ailleurs. Elle en compte vingt-trois. Le marche moderne, s'il sort un jour, aura deux cents places et moins de vendeuses qu'avant sa demolition.